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L’île de Madère et son ultratrail

Un départ capricieux

Entre amis, nous avons organisé quelques mois à l’avance une virée à Madère pour profiter des vacances printanières dans un climat un peu plus favorable qu’en France ainsi que participer au MIUT, le Madère International Ultra Trail qui fait partie des trails prestigieux de l’Ultra Trail World Tour.

Mais cela a bien failli capoter à l’aéroport quand nous apprenons que notre vol est annulé en

raison des mauvaises conditions météo sur l’île de Madère (même jour qu’un jour de grève d’air France dont fait partie Transavia, coïncidence ?). Il faut savoir que l’atterrissage sur la piste de l’aéroport de Madère est l’un des plus compliqués au monde. On trouve régulièrement l’aéroport de Madère dans la liste des 10 aéroports les plus dangereux en raison des vents violents et changeants à l’atterrissage. Je vous laisse juger par vous-même.

Après de longs moments d’hésitation et de recherche devant la difficulté de trouver un autre avion qui pourrait nous emmener à Madère à temps pour être au départ de la course, nous trouvons finalement un vol sur une autre compagnie (donc à nos frais …) et avec une nuit complète dans l’aéroport de Porto pour rejoindre l’île le surlendemain mais perdons une partie de nos réservations déjà effectuées sur place (air bnb, location de voiture …).

Le vol fut sans encombre et l’atterrissage fut effectivement assez mouvementé … 🙂

L’arrivée sur « la perle de l’Atlantique »

Madère est une île portugaise au large des côtes marocaines. La capitale est Funchal, ville de Cristiano Ronaldo dont l’aéroport porte le nom et où trône cette œuvre de réalisme, le buste de Ronaldo (qui, je viens de le lire, a été remplacé il y a quelques mois à la demande de son entourage … Quel dommage !).

L’île compte 260 000 habitants pour une superficie de 750 km², c’est assez peu ce qui permet de découvrir l’île dans les grandes largeurs entre 7 à 10 jours. D’origine volcanique, Madère a la particularité d’être très verdoyante et constitue un véritable bonheur des randonneurs / traileurs le long des côtes ou au cœur de l’île sur les sommets !

Buste de Ronaldo

Buste de Ronaldo

Nous avons choisi d’établir notre camp de base non loin de l’arrivée de notre course, à Machico, où nous avons trouvé un Air Bnb que je recommande avec tout le confort, une belle petite terrasse, vue sur la mer … le tout pour une bouchée de pain.

Que faire à Madère ?

Pour préparer notre voyage et ne rien manquer, j’ai noté les principaux points d’intérêt de l’île sur une carte qui peut vous resservir, la voici.

Vous y trouverez les noms des points d’intérêts, une petite description ainsi que des liens sur lesquels vous pourrez obtenir davantage de précisions notamment pour les randos.

Dans mes lieux préférés :

  • Les piscines naturelles de Porto Moniz
  • La fête des fleurs de Funchal
  • Les ascensions du Pico Ariero et du Pico Ruivo
  • Promenade sur la pointe de São Lourenço

La fête des fleurs de Funchal

Nous avons eu la chance de profiter de l’île lors de la fête des fleurs qui a lieu en avril / mai à Funchal. À Madère, une grande variété d’espèces florales de nombreuses régions du monde poussent grâce aux conditions climatiques spécifiques de l’île qui sont favorables au fleurissement des fleurs des régions tropicales ainsi que des régions froides.

Lors de la fête des fleurs, c’est tout Funchal qui fleurit de chars de fleurs, tapis de fleurs, des décorations de vitrines, expositions florales accompagnés de défilés, de spectacles folkloriques et concerts dans les zones piétonnes du centre. Un vrai ravissement visuel et olfactif.

Défilé en costumes traditionnels

L’ultra-trail du MIUT, une course haute en couleurs !

La raison principale de notre venue sur l’île était le Madère International Ultra-Trail avec au programme pour 5 d’entre nous, l’Ultra de 85 km et 4600 dénivelé positive à travers la montagne madérienne, mon plus gros challenge tenté à ce jour.

Parcours de l'Ultra

Parcours de l’Ultra

Profil de la course

Profil de la course

L'arche que j'aimerai franchir ...

L’arche que j’aimerai franchir …

Toute une préparation ...

Toute une préparation …

Couleur grise pour commencer : 6h30 du matin un véritable déluge de pluie nous accompagne à la descente du bus une demi-heure avant le début de la course. À ce moment-là le moral n’est pas au beau fixe et l’inquiétude gagne mais après quelques heures, la pluie devenue fine, s’estompe peu à peu conservant un large ciel couvert avant de laisser place à un grand soleil brûlant puis une énorme brume sur les hauteurs accompagnée d’un vent dantesque dont les rafales nous faisaient tituber le long d’un single étroit au bord de falaises dans une sensation glacée avant que la nuit ne s’installe définitivement. Le décor climatique est posé.

Départ sous des trombes d'eau

Départ sous des trombes d’eau

Beaucoup de doutes avant de s’attaquer pour la première fois à un trail de plus de 60 km et 4500 mètres de dénivelé. Des doutes concernant ma capacité à encaisser les kilomètres depuis ma blessure au ligament croisé n’ayant toujours pas terminé la remuscularisation de la jambe blessée et du coup, une préparation quasiment inexistante (200 km en 3 mois …) axée principalement donc sur de la muscu et non sur l’enchainement des kilomètres et des côtes.

Le paysage est splendide

Le paysage est splendide

L’espoir de finir était malgré tout présent mais l’objectif était surtout d’atteindre le kilomètre 48 pour profiter de la plus belle partie du parcours sur les crêtes, de me faire plaisir sans trop souffrir et d’aviser par la suite en fonction de l’état de mon genou et de ma cuisse. J’avais fait la promesse de rester attentif et de ne pas me laisser griser par l’envie d’avancer au détriment de mon genou.

Nous sommes partis en cortège avec deux amis menant un tempo assez lent pour ne pas laisser trop de force sur la première partie de course qui comportait quasiment tout le dénivelé positif. La bonne humeur était de mise et les paysages magnifiques. Pas un mètre de plat, la sensation d’être au beau milieu de pics abruptes tout autour de nous. Les premiers ravitaillements d’Encumeada (km 13) et de Curral das Freiras (km 28) sont copieux et viennent valider une progression régulière et économe malgré une petite échappée dans la descente routière avant le ravitaillement pour le plaisir et pour envoyer quelques nouvelles rassurantes du genou aux suiveurs en France.

En cortège dans l'ascension

En cortège dans l’ascension

 

Le prochain ravitaillement sera le Pico Ruivo, le point culminant de la course et de l’île à 1800 mètres. Pour l’atteindre une montée de 1200 mètres de D+ en 7/8 km se dresse devant nous. Nous la gèrerons très tranquillement sous un soleil de plomb qui laissera place à la brume et des rafales violentes au sommet. Nous empruntons une crête étroite bordée de chaque côté par une impressionnante falaise, le chemin est à couper le souffle !

Vue aérienne de la crête

Vue aérienne de la crête

Le prochain ravitaillement est au km 48, mon objectif initial car cette partie s’avérait splendide et c’est peu dire que je n’ai pas été déçu ! Toute cette partie s’effectue entre 1500 et 1800 mètres sur des chemins étroits parfois à flan de falaises avec toujours cette sensation d’être au cœur des Montagnes avec une vue magnifique sur nombre de sommets aux alentours.

Avec Mathieu sur les hauteurs

Avec Mathieu sur les hauteurs

Dans l'effort

Dans l’effort

L’arrivée à Chao da Lagoa fut fort en émotions, porté par la beauté des paysages, par la satisfaction d’avoir atteint mon objectif sans souffrir et de retrouver Benoît, un ami qui avait dû renoncer quelques semaines plus tôt à cause d’une blessure à la cheville. Quelques minutes plus tard arrivèrent également Mathieu et Thomas avec qui j’avais partagé une grande partie de l’ascension. J’ai également pu avoir mon amie au téléphone, une bouffée d’oxygène et de fierté de lui annoncer que j’y étais parvenu et surtout, que je me sentais d’une fraîcheur absolue, pas la moindre sensation de douleur musculaire ni de fatigue et que cela me permettait de me projeter sur la vraie ligne d’arrivée à Machico …

Ce ravitaillement sonna le glas pour mon lieutenant et ami Mathieu dont le genou grinçait depuis quelques heures déjà … Je repartis alors pour une longue descente et une bonne remontée ensuite sans poisson pilote pour imprimer le tempo. Grisé par une forme surprenante et des jambes qui réagissaient admirablement bien, j’ai pris quelques minutes d’avance sur Thomas en attaquant chaque descente pas trop technique, replats et chaque montée me permettant de reprendre beaucoup de concurrents avec la sensation de tout juste débuter la course et une grande légèreté dans la foulée, un vrai bonheur !!

Chemins à flan de falaise

Chemins à flan de falaise

La gestion de la bouffe et l’hydratation a été très bonne, aucune douleur d’estomac, de sensation ni de sensation de faim. Le choix de partir chargé comme une mule de plein de goûts divers fut sans doute le bon. Arrivé en avance aux ravitos, le temps de reprendre des forces, Thomas me rejoignit avant que je ne reparte. Je décide alors de prendre quelques minutes supplémentaires afin que l’on reparte ensemble dans la descente.

La brume se lève au sommet

La brume se lève au sommet

Malheureusement j’ai fait une grosse erreur à la base de vie du 50e km qui allait me coûter cher … J’ai bien pris soin de mettre un maillot sec, me ravitailler mais pas de changer les chaussettes et de graisser les pieds. Peu à peu des ampoules ont fait leur apparition à partir du 65e km et m’ont rendu la fin de course absolument horrible.

La nuit tombe sur Madère

La nuit tombe sur Madère

Les plats et les montées s’enchaînaient plutôt bien mais chaque descente avec les ampoules en plus de mon appréhension liée à la blessure au genou allait être un véritable cauchemar. J’ai d’abord pensé que j’allais pouvoir oublier la douleur et continuer d’avancer en alternant marche / course mais elle m’a vite rattrapé et dans les 10 derniers kilomètres, chaque pose de pied était un véritable supplice. J’ai dû modifier ma marche pour m’adapter et continuer d’avancer mais mes quadri n’ont pas aimé et m’ont lâché à leur tour. Les trois dernières heures ont été une véritable traversée du désert, les dernières centaines de mètres d’altitude à perdre pour se rapprocher de la plage furent abominables.

Quelques tunnels à traverser

Quelques tunnels à traverser

Tellement la douleur était vive il fallait que je place mes bâtons en amont pour tenter d’amortir un maximum ma pause de pied et limiter la douleur sur chaque pose dans les longs escaliers en bois de la fin de course. Je n’ai jamais marcher aussi lentement… mais à ce stade de la course il était plus possible d’abandonner. Il fallait aller chercher cette médaille de finisher malgré les quelques larmes de désespoir en voyant un chemin interminable nous contenir sur les hauteurs de la ville dans les levadas (voir plus loin) alors que je n’attendais que de pouvoir retrouver la route pour finir sur un chemin beaucoup plus stable et moins douloureux.

J’atteindrais l’arche d’arrivée à 5h20 du matin après 22h de course (et quelques heures de perdues à cause des ampoules) pour boucler avec émotion mais dans la douleur un premier ultra avec des sensations miraculeuses pendant deux tiers de la course et ce souvenir douloureux des 20 derniers kilomètres qui feront sans doute que je ne suis pas près d’oublier cette course d’autant plus que les paysages et panorama offerts notamment sur les sommets étaient absolument magnifiques !!

Quel bonheur de franchir la ligne

Quel bonheur de franchir la ligne

 

À coup sur, les plus beaux sentiers sur lesquels j’ai eu la chance de courir 🙂

Récup sur la pointe de São Lourenço

Le lendemain de la course (enfin le jour même car arrivé à 5h), je n’étais pas capable de faire grand-chose tant il m’était encore difficile de poser le pied par terre. Dormant au premier étage, l’épreuve des escaliers était vraiment drôle et il fallait être patient.

Récup bien méritée

Itinéraire rando de la pointe

Le lendemain après quelques auto soins des pieds, nous sommes allés randonner sur la pointe de São Lourenço et ses falaises incroyables. Benoît lui était en forme, pour nous autre nous attirions la sympathie des marcheurs car il n’était pas difficile de se rendre compte que nous avions couru bien que certains autres coureurs étaient là aux aussi en bien meilleur état.

Les raisons de mes douleurs

Vue aérienne de la pointe

La pointe de São Lourenço se trouve à l’extrémité nord-ouest de l’île et offre une très belle ballade sur les falaises arides. Pas de grande difficulté malgré un peu de relief, si nous avons pu le faire dans notre état, vous y arriverez sans problèmes 😉 Une sensation vertigineuse peut également être ressentie si vous approchez suffisamment près des falaises.

8 km de promenade s’offre à vous (aller retour) avec des passages assez étroits mais sécurisés et éventuellement une dernière ascension vers le pico do Furado que nous avons zappé hormis Benoît faute de douleurs musculaires post course (la montée est raide).

Passage étroit mais sécurisé

Fin de séjour en famille, les lavadas, les piscines naturelles et les dauphins

Après le départ de Benoït et Thomas, Fred et moi retrouvons Mathieu, sa famille et Amélie une amie pour terminer le séjour ensemble pour profiter de quelques apéros bien mérités, barbecues et autres ballades dans les levadas.

Ah ces fameux levadas interminables dans la fin de course … Ce sont de petits canaux d’irrigation permettant d’acheminer et répartir l’eau abondante des sources situées en haut des montagne. Il y aurait environ 3 000 km de levada à Madère avec beaucoup de chouettes chemins à emprunter seul en courant ou en famille pour découvrir des paysages verdoyants à couper le souffle.

La plupart des itinéraires sont accessibles à tous, mais il existe néanmoins plusieurs niveaux de difficulté entre 0 et 1862 mètres d’altitude.

Vous trouverez ici le top 10 des levada à ne pas louper.

Mais Madère c’est aussi les piscines naturelles de Porto Moniz où l’on se baigne dans l’eau de l’océan protégé par les récifs volcaniques qui forment une piscine. L’eau est renouvelée par les marées et de petites terrasses en ciment permettent d’étendre les serviettes. Malheureusement nous n’avons pu en profiter autre qu’une ballade autour en mangeant un bout avec vue sur les piscines, celles-ci n’étant pas encore ouvertes en avril.

Piscines naturelles de Porto Moniz

Si vous êtes observateurs, vous verrez également des dauphins se baignant au large des côtes, nous avons eu la chance de les observer de notre terrasse avec des jumelles et de beaucoup plus près pour la famille et les enfants qui sont allés à leur rencontre en bateau.

Notre point d’observation des dauphins

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